|
|
|
Interview de Pierre Cuillé, manadier.
Avec une saison exceptionnelle avec les biou d’Or et de l’avenir, l’élevage de Générac devient la référence. Pierre Cuillé nous dit tout sur sa manade, la sélection, mais aussi sur les maux de la course camarguaise.
- Comment apprécies tu les résultats 2010 pour ton élevage ? PC- Bien sûr que nous sommes très contents des prestations de nos taureaux aux As et de Guépard en particulier, nous avons un très bon ensemble. Mais ce qui nous enchante le plus, c’est que nous avons vu chez les 4 ou 5 ans des taureaux étaler de réelles qualités, telles que je ne serai pas surpris de voir dans ceux là un nouveau Guépard.
Le « responsable de tout çà, c’est Saintois ? PC- En fait il y a deux branches dans l’élevage, origine Baroncelli. Une première qui est la descendance de Jaguard, Studio et Argentin, c’est aujourd’hui Renoir Tassou par exemple. L’autre branche est effectivement la lignée de Saintois avec un taureau, Racanel, et qui tau nous a donné des produits que l’on teste aujourd’hui et qui sont bien. Bien entendu, on alterne ces deux branches sur les lots de vaches.
Cette saison 2011 se présente comment ? PC-Nos premiers taureaux sortent le 20 mars et la royale le 3 avril à Beaucaire, le 1er mai à Palavas, le 13 juin à Lunel. Quand à Guépard, il est programmé 6 fois.
Venons en à la course camarguaise en général, elle se porte mal et d’après toi pourquoi ? PC- Les hommes sont trop individualistes, on ne retrouve pas ce travail d’équipe d’autrefois. Je pense que c’est la principale cause, bien avant la question des points.
Pourtant, c’est lié non ? la course aux points rend le raseteur individualiste. PC. On n’achète pas une baguette de pain avec des points ! Je ne comprends pas cette mentalité. Les points, il faut les garder, c’est la compétition, mais il faut plus d’esprit d’équipe chez les hommes.
Les décisions prises par la Fédération te semble-t-elles en mesure de changer les choses ? PC- L’affiche, dans les faits elle existe déjà. Raseter à 27 ans à l’avenir, ça me laisse perplexe. Si à 20 ans on ne peut pas aller aux As…mais ce n’est pas une question d’âge, pas plus pour les raseteurs que pour les taureaux, ce qui fait tout c’est la valeur et l’état d’esprit. Quand à la disparition du groupe 2, je ne sais pas ce qu’il faut en penser. Par contre l’idée d’attribuer des points de bonification en fonction des arènes ou des taureaux affrontés, ça me parait intéressant. Mais je suis un libéral et je pense qu’il faudrait laisser totale liberté à l’organisateur, modifier l’état d’esprit on ne le fera pas avec plus de réglementation. En tout cas, il ya un réel problème économique et on ne va pas pouvoir indéfiniment vivre sur le dos des collectivités locales. Il faut que la course camarguaise puisse faire vivre ses acteurs, organisateurs, manadiers et raseteurs. Pour cela il faut que les spectateurs reviennent remplir les gradins et pour cela il faut plus d’émotion dans nos courses. Et ce n’est pas l’organisateur qui peut forcer le raseteur à bien faire, c’est une décision personnelle. C’est à lui de comprendre que son avenir, en temps que raseteur, est lié au travail qu’il va produire. Plus d’implication, plus d’émotion c’est plus de spectateurs et tout repartira. L’organisateur peut influer un peu, mais c’est au raseteur d’avoir envie d’être plus fort que l’autre, de devenir un artiste. Car la course camarguaise c’est d’abord une culture et un art, même si c’est pratiqué par des sportifs. C’est la conclusion d’un art de vivre, d’une culture rurale. Et puis il nous manque la star qui va élever le niveau, la dernière pour moi fut Christian Chômel. Et les gens ne se rappellent pas du nombre de trophée qu’il a gagné, mais des émotions fortes qu’il leur a fait vivre durant des années.
Que penses-tu des écoles taurines ? PC- Elles ont de grandes responsabilités dans le malaise de la course camarguaise, mais elles peuvent aussi être un grand tremplin tout en permettant aux manadiers de faire courir des taureaux qui ont besoin de ce type de courses. Avant qu’elles n’existent, le contact, l’apprentissage des futurs raseteurs se faisait directement chez les éleveurs, dans des bouvau, et aux vachettes « de onze heure ». Les jeunes connaissaient mieux le taureau, ils le voyaient aux champs, en manade et ils s’imprégnaient de cette culture. Aujourd’hui, il y a les écoles taurines et ce contact avec le taureau dans son milieu naturel se fait moins. On leur apprend à raseter, mais manque l’éducation culturelle sans quoi le taureau n’est plus ce qu’il doit être : le centre de cet art. D’abord je les ouvrirai aux filles, ensuite avant d’aller se perfectionner sportivement à Font Romeu, on devrait plutôt les envoyer en classes vertes dans les manades. Bref, oui aux écoles taurines mais avec moins de sport et plus de culture, de connaissance du taureau. Au passage, il faut dire que le taureau a aussi besoin de temps pour se construire, pour apprendre ce qu’on attend de lui. Il manque des courses sans compétition, écoles taurines, taureaux jeunes, et on ne laisse pas le temps au taureau de grandir, et beaucoup sont condamnés trop tôt.
On perd notre public d’aficiouna et on veut conquérir les « touristes », n’y a –t-il pas contradiction et même danger ? PC- Non, pas du tout, il faut certes reconquérir notre public traditionnel, mais le tourisme est un des plus gros revenus de notre région et la course camarguaise en a besoin. Il y a de gros efforts de communication à faire, par contre exporter la course camarguaise est une autre affaire. Si on veut vivre avec la course camarguaise, ce n’est pas elle qu’il faut exporter, mais le public qu’il faut importer.
Alors optimiste ou pas ? PC- Je suis assez positif et optimiste en général. J’ai rencontré, durant l’hiver, de nombreux raseteurs et j’ai senti chez les nouveaux qui arrivent aux As, une prise de conscience sur la nécessité pour eux d’évoluer ; Je crois qu’ils ont compris qu’ils étaient au pied du mur et que c’était à eux, et tout de suite, de changer de comportement. Par contre, j’ai un souci en ce qui concerne la pérennité du taureau Camargue. Le maintient de la race passe par un nombre de manades limitées, historiques, et on devrait se préoccuper un peu plus de la survie de ces élevages.
Propos recueillis par Emile Grande
|