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Interview de Daniel Siméon, directeur des arènes du Grau du Roi
Alors que 2010 aura été la pire saison depuis de longues années, les arènes du grau du Roi ont, elles, connu un succès jamais égalé. Pour essayer de comprendre pourquoi, nous sommes allés à la rencontre de leur Directeur, Daniel Siméon. On ne présente plus Daniel Siméon, tant ce nom est lié à la course camarguaise, et si lui contrairement à trois de ses frères n’a pas ou peu revêtu l’habit blanc, il est omniprésent depuis qu’il est né dans notre microcosme taurin. Formateur en école taurine, revues taurines, c’est surtout en tant qu’organisateur qu’il est le plus connu. Depuis avril 2008, après avoir été conseillé technique, il dirige seul les arènes Graulenne. La saison dernière, cette piste fut le rayon de soleil de la course camarguaise. Dans une grisaille générale, il a offert aux habitués du grau du Roi, un spectacle d’un très haut niveau et permis à la municipalité de réaliser des bénéfices sur les courses camarguaises, ce qui n’était jamais arrivé.
Daniel, peux tu nous expliquer pourquoi ? DS- Difficile de le faire sans paraître présomptueux, mais je dirai d’abord qu’un organisateur doit bien connaître ce dont il dispose : qualités et défauts de la piste, pour choisir les bons taureaux, et les moyens dont il dispose. Le grau du Roi est une piste facile pour les hommes et les taureaux, sans être à la portée de tous .Nous n’avons pas de « grand » taureaux, mais nous avons de très bons taureaux et il faut, en fonction de leurs qualités et de la piste du grau choisir ceux qui vont être capables de faire le spectacle. Puis il faut aussi s’assurer la collaboration d’une bonne équipe de raseteurs. Quand je les sollicite, je leur dit ce que j’attends d’eux et ce qui va se passer s’ils remplissent leur contrat ou pas ! A savoir qu’il peut y avoir du bonus s’ils donnent satisfaction, mais aussi du malus en cas contraire sur leur paie. Avant, pendant et après la course je suis près d’eux et tout se passe bien. Le rôle de l’organisateur, n’est pas seulement de monter une affiche, il doit intervenir pour obtenir le spectacle qui est du aux spectateurs, la preuve en est la finale du trophée des as qui fut exactement ce qu’il ne faut pas faire. Oui, il faut être professionnel et j’attends des raseteurs un résultat. Ils le savent parfaitement et ça fait parti de notre engagement respectif. Mais j’insiste sur le fait que ça se passe très bien, car je suis d’une famille de raseteurs et je connais les difficultés à entrer en piste pour affronter des taureaux. Je leur parle aussi avec mon cœur, avec passion.
Cependant, la course camarguaise va mal. Si tu étais « médecin » qu’el serait ton diagnostic ?
DS- Le diagnostic est difficile à établir, en tout cas il n’y a pas de remède unique. Depuis longtemps, on s’est « planté ». Il faut tout repenser de A à Z
En quoi, par exemple s’est –on trompé ?
DS- premièrement, on voulu faire, des raseteurs, des sportifs compétitifs et qui ne soient pas défaillants. Calculateurs pour gagner, voilà la devise que l’on a inculquée aux raseteurs. Les grands qu’ont été Jacky, Chômel ou Frédéric Durand, par exemple, ne passeraient pas au travers de ce moule. Ils avaient en plus la passion du taureau, la conscience permanente de devoir faire plaisir au public et la faculté de prendre des risques quand il le fallait. On n’a sélectionné que les raseteurs qui ne prenaient pas de risques, là est la première erreur. Ensuite, à cause d’une politique trop personnelle du président Itier, on a voulu faire de la course camarguaise ce qu’elle ne sera jamais, à savoir un sport national. Il faut revenir aux origines, la course camarguaise, ce n’est même pas régional, c’est local, c’est rural. Trop de places importantes en course camarguaise sont tenues par des gens incompétents. Il faut puiser dans le passé pour penser l’avenir et revenir à la passion. La passion, voilà le remède… Tous les jeunes quand ils arrivent sont débordant de passion, mais ils sont très rapidement corrompus par le système. Et là est la question, pourquoi ? Car il n’y a pas d’argent à gagner, les raseteurs gagnent beaucoup moins qu’il y a vingt ans, et ne parlons pas des manadiers qui sont tous dans le rouge.
Pour être concrets, pourquoi tant de ficelles rentrent-elles au toril ? DS- Parce que on leur a appris que la seule façon d’être considéré, était de gagner, et de gagner le trophée des As en particulier. Or pour gagner il faut faire des points, ne pas prendre de risques pour ne pas être blessé et donc être avant tout calculateur. Et en disant cela, je ne « tire » pas sur le trophée taurin, il en est lui aussi victime. Mais il a commis l’erreur de s’identifier à la Fédération, alors qu’il aurait du rester un trophée privé, comme il était , avec son règlement propre. Aujourd’hui, trophée taurin et fédération, on ne sait plus qui est qui ! On a fait du trophée taurin le but de la course camarguaise, alors qu’ils en existent d’autre de trophées, et même des courses sans trophée, c’est tout cela la course camarguaise.
Alors, pour changer les mentalités : plus de réglementation ? DS- Surtout pas ! Il y a trop de règlement. C’est le système Sarkozy, on invente au jour le jour une loi pour rectifier celle de la veille. La mauvaise décision qui a changé les comportements, c’est la limitation. Pour pouvoir entrer en piste si on n’est pas engagé, il faut être bien classé, et donc pour cela il faut faire des points, donc on calcule et on oubli taureaux et spectateurs. C’est cela qui a fait du trophée taurin l’élément central de la course camarguaise et ce n’est pas une bonne chose. Si on veut changer les choses, il n’y a que deux solutions : pas de limitation ou l’affiche.
Que penses tu des trois mesures prises pour 2011, Affiche (moins un), disparition du groupe deux et l’âge limite pour l’avenir reculé à 27 ans ? DS- Il y a des contradictions, car accepter encore un rentrant risque de créer plus de bourre pour être celui-là. Il fallait ouvrir ou fermer totalement. L’une ou l’autre de ces éventualités ne me dérangent pas, en fait, les grandes arènes font l’affiche depuis longtemps. Quand à la disparition du groupe II, je ne comprends pas pourquoi ! Pour ce qui est de l’âge de l’avenir, à 27 ans on a finit sa carrière…
Donc pessimiste ? DS- Non pas du tout, moi je trouve que tout va bien, tout en étant pour l’affiche stricte.
Si tout va bien, du moins pour toi au Grau du Roi, pourquoi ça ne va pas ailleurs ? Serait-ce l’organisateur qui est en cause ? DS- Je crois effectivement que là est le problème. L’affiche peut permettre à l’organisateur d’avoir les moyens de donner à ses spectateurs le spectacle attendu. Mais, comme je le disais, ça ne suffit pas. Si on engage comme raseteurs, les amis des amis, ou si par économie on n’engage pas assez d’hommes, on continuera de voir des mauvaises courses. En tous cas, ce ne sont pas les mesures prises qui changeront quelque chose. L’avenir de la course camarguaise passe par la relation organisateur-raseteurs avec un contrat moral d’avoir des résultats dans le sens de la satisfaction du public. Les raseteurs sont des êtres sensibles, comme nous, et que l’on peut gagner à la cause du beau spectacle.
Parles-nous de la saison 2011 pour le Grau du Roi. DS- La saison 2010 a été si bonne que je me dis qu’il va être difficile de faire mieux. Mais je suis un passionné super motivé, qui connaît parfaitement la piste et les résultats ne sont dus au hasard. J’ai les taureaux qu’il faut, même si tout n’est pas bouclé car les taureaux évoluent et je me laisse la possibilité de m’assurer la participation de taureaux qui se révèleront en début de saison. C’est pourquoi, cette année le 15 aout sera exceptionnel, dans la mesure où je veux ce qu’il y aura de mieux à ce moment là. Notamment j’ai fais une croix sur tous les taureaux de la finale des as 2010 qui pour moi sont dépassés. Aujourd’hui j’ai trois noms : Garland, St Rémois et Nizam, les autres seront ce que le début de saison révèlera de mieux pour la piste du Grau. Et pour cela je ferai appel aux aficiouna pour qu’ils choisissent leur course (La Marseillaise, site internet, etc.…). C’est pour cela que je programme en début de saison 4 courses à l’avenir et 4 aux As. Nous débutons le 3 avril, avec les Nicollin (retour à la race) puis le 24 avec Blatière (journée spéciale). Et puis d’autres journées, comme les 25 ans de l’association des manadiers de F Peytavin ou encore le souvenir O. Arnaud, la fête avec le trophée de la mer dont je précise, contrairement aux bruits qui ont courus, qu’il reste uniquement au Grau du Roi. Non, finalement le programme est très brillant et on peut faire mieux que l’an dernier.
C’est sur ces notes optimistes, et nous n’en doutions pas, que nous laissons Daniel Siméon aller peaufiner sa saison. Saison que La Marseillaise ne manquera pas de vous détailler tout au long de nos comptes rendus et pages taurines.
Propos recueillis par Emile Grande
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